Hommage à trois personnalités qui nous ont quittés

Trois personnalités qui ont œuvré pour la culture, la photographie et l’environnement, farouchement attachées à Arles, nous ont quittés au mois de janvier. Je tenais ici à leur rendre hommage comme je l’ai fait lors des derniers conseils municipaux.

Michel Tournier, écrivain français et cofondateur des Rencontres de la Photographie s’est éteint le mardi 19 janvier à l’âge de 91 ans.

Nous perdons une figure majeure de la littérature française et un acteur majeur de l’histoire de la photographie à Arles.

En 1970, l’année même où il obtint à l’unanimité le prix Goncourt pour le « Roi des Aulnes », il fit partie du petit groupe de passionnés, réunis autour de Lucien Clergue et de Jean-Maurice Rouquette, qui créèrent au musée Réattu les premières Rencontres de la photographie.

C’est lui qui, ce 2 juillet 1970, anima dans la salle d’Honneur de l’Hôtel de Ville, devant 200 personnes, la première rencontre publique consacrée à la photographie, entouré de Todd Webbn, Jean-Claude Lemagny, Jean Gautrand, Lucien Clergue, Jean-Pierre Sudre, Denis Brihat, Edouard Boubat, Jean-Maurice Rouquette et Jean Dieuziaide. C’est lui aussi qui écrivit au président de la République, Georges Pompidou, un texte cosigné par tous pour lui demander de donner à la photographe, encore considérée comme un simple moyen de reproduction dépendant du ministère de l’Industrie, la place qu’elle méritait.

Il coproduisit l’émission de télévision « Chambre Noire », avec Albert Plécy, journaliste, peintre, photographe et cinéaste, à l’origine de Cathédrale d’Images dans la carrière calcaire des Baux-de-Provence.

Cet Arlésiens d’adoption, ami de l’écrivain Jean-Marie Magnan, avait acquis une maison rue de la Bastille. Il était intervenu au collège Mistral, auprès des élèves, pour parler de son métier d’écrivain.

La journaliste et femme de lettres, engagées volontaire pendant la Seconde Guerre Mondiale, fille d’une lignée d’industriels marseillais. Madame Edmonde Charles-Roux est décédée ce mercredi 20 janvier à Marseille. Elle était âgée de 95 ans.

Le prix Goncourt qu’elle obtint en 1966 pour le livre « Adieu Palerme » lui fit rencontrer incidemment Gaston Defferre, chargé en tant que Maire de Marseille de lui remettre la médaille de la Ville. Ils se marieront en 1973.

Son ascendance et son très fort attachement à la photographie la rapprochèrent naturellement d’Arles. Son grand-père, Jules Charles-Roux, ardent défenseur de l’identité provençale, avait contribué financièrement à la fondation du Museon Arlaten et était l’auteur de plusieurs ouvrages dont un référent, sur le costume d’Arlésienne.

Madame Edmonde Charles-Roux était membre du comité de parrainage des Amis du Vieil Arles, aux côtés de Christian Lacroix, Jean-Paul Capitani ou Patrick de Carolis.

Femme de presse résolument moderne et inventive, elle passa commande aux plus grands photographes, dont Robert Doisneau, lorsqu’elle fut en responsabilité au journal Vogue.

Maryse Cordesse, parente par alliance, lança en 1976 les fondations juridiques des Rencontres d’Arles qu’elle présidera ensuite pendant plusieurs années. En 1989, Madame Edmonde Charles-Roux était venue voir le travail de son ami Serge Assier, « Chant de Lorraine » dans la galerie du Crédit Mutuel donnant ainsi à l’exposition une audience que le photographe Magma et du Prtovençal, basé à Marseille, n’avait pas envisagée. En 2011, elle participa au Théâtre antique à l’hommage rendu par les Rencontres à Roger Thérond, ancien directeur de Paris Match et tint à cette occasion un discours d’une très grande délicatesse.

Aux côtés de son époux, Gaston Defferre, de Maryse Cordesse, et avec le soutien permanent de Michel Vauzelle, elle fit entendre avec succès, auprès de François Mitterrand, la voix d’Arles, la voix d’Arles pour que la ville accueille une École Nationale Supérieure de la Photographie.

De même fut-elle très engagée et déterminée, dans la candidature de Marseille Provence 2013.

Militante active du pluralisme de la presse et du débat d’idées, elle fut la présidente des amis de l’humanité. Ses obsèques se sont déroulées le 23 janvier en la cathédrale de la Major de Marseille en présence du ministre de l’économie Michel Sapin, du maire de Marseille Jean-Claude Gaudin, de Régis Debray et Jean-Pierre Chevènement. L’ancien ministre a loué la « grande figure de la vie politique, l’inspiratrice d’une politique qui visait au rassemblement de toute la gauche, aux fortes convictions qui l’ancraient dans la meilleure tradition de la Gauche : la liberté de l’esprit alliée à la générosité du coeur ».

Nous avons aussi appris le décès le 22 janvier dernier de Monsieur Pierre Heurteaux à l’âge de 84 ans.

Chercheur hébergé à la Tour du Valat de 1959 à 1970, il est recruté par le CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) en 1961 et deviendra Directeur de Recherche. Il intègre également en 1970, le Centre d’Ecologie de Camargue lors de l’ouverture de cet établissement, dont il devient le Directeur jusqu’à la fermeture en 1986. Il sera par la suite affecté au Laboratoire d’hydrobiologie de l’Université de Provence à Marseille jusqu’à ,son départ à la retraite en 1995.

Doctorant ès Sciences Naturelles en 1969, Monsieur Pierre Heurteaux soutiendra deux thèse, dont l’une sur le thème « Recherche sur l’évaporation des surfaces d’eau libre en Camargue » qui obtiendra les félicitation du Jury.

La Camargue sera le lieu principal de son activité scientifique. Il étudiera les relations des eaux souterraines avec les eaux de surface naturelles (étangs, marais) et artificielles (rizières), les sols naturels halomorphes, les cultures sèches et irriguées, les formations dunaires et la végétation. Il a été l’initiateur des recherches sur les eaux superficielles et le fonctionnement hydrologique de la Camargue.

Il procéda à de nombreux expertises dans le domaine de la conservation de la nature et de l’environnement. Membre au titre du CNRS, du Conseil d’administration du Parc Naturel Régional de Camargue, membre du conseil scientifique du Centre Français du Riz, chargé des problèmes d’environnement, Pierre Heurtaux restera comme un éminent chercheur passionné par la Camargue à laquelle il consacra de nombreuses publications scientifiques.

Monsieur Pierre Heurteaux était marié à Chantal et père de deux enfants : François et Vincent et grand-père d’un petit Colin.